Les pouvoirs publics ont annoncé le lancement d’une campagne de mobilisation et d’information, baptisée « Faire », destinée à entraîner un dynamisme autour de la rénovation énergétique des logements. Détails.

Le Grenelle de l’environnement a plus de dix ans, et les gouvernements successifs qui ont défilé depuis ne sont pas parvenus à dynamiser réellement le marché de la rénovation énergétique des logements. C’est donc dans le but de rénover toutes les passoires thermiques dans les dix ans que les pouvoirs publics viennent de présenter, lors d’une visite organisée à Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) ce 10 septembre 2018, la campagne de mobilisation des acteurs intitulée « Faire » (comme Faciliter, accompagner et informer sur la rénovation énergétique).

« Tous éco-confortables » :

A la base de cette campagne, un changement de mentalité : si l’on n’est pas parvenu à convaincre les citoyens à s’engager dans ce type de travaux, c’est parce qu’on insistait trop sur la notion d’économies financières (baisses de charges de chauffage notamment), et pas assez sur la notion de confort – comme nous l’expliquait Alain Maugard, copilote du plan de rénovation. D’où le fait que le slogan de Faire soit le suivant : « Tous éco-confortables ». Concrètement, la campagne Faire, pilotée par le ministère et l’Ademe, durera trois ans, jusqu’en 2020. Elle a pour ambition de rendre lisible l’univers de la rénovation énergétique pour les particuliers, constitué d’un millefeuilles d’acteurs nationaux ou locaux, et possèdera son propre site, Faire.fr. Les conseillers de l’Ademe, de l’Anah, de l’Anil, des structures locales et des collectivités seront ainsi qualifiés de « conseillers Faire ».

Une campagne de communication sera lancée sous peu auprès du grand public, puis déployée à partir de 2019 auprès des professionnels du bâtiment. « Il manquait quelque chose pour lancer la dynamique en matière de rénovation énergétique des logements », a expliqué Julien Denormandie, secrétaire d’État à la Cohésion des territoires, lors de la conférence de presse de présentation de la campagne. « La volonté politique très forte existe, les financements sont présents, à hauteur de 14 milliards d’euros dans ce domaine, mais il manque une dynamique entre tous les acteurs. » C’est la raison d’être de cette campagne. « Il faut éclaircir le paysage administratif en rénovation. J’ai l’exemple récent d’un pavillon, dans le nord de la France, pour la rénovation duquel il avait fallu mobiliser pas moins de neuf acteurs différents. Demain, la plateforme Faire permettra d’accompagner simplement les citoyens. »

Cette présentation avait également pour particularité d’être la première sortie officielle du nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy, qui a remplacé Nicolas Hulot. Et il a réaffirmé tout autant la détermination du Gouvernement en matière de développement durable, que son souhait de rester dans une forme de réalisme où « économie et écologie marchent main dans la main » – alors même que Nicolas Hulot estime ces deux dimensions foncièrement incompatibles.

Il a également battu en brèche l’idée selon laquelle plus d’écologie revenait forcément à plus d’investissement (un point également évoqué par Nicolas Hulot dans sa désormais célèbre dernière interview en tant que ministre). « Je ne veux pas laisser s’installer l’idée que plus d’écologie signifie plus de dépenses », a-t-il ainsi affirmé. « Je veux des opérations qui aient un équilibre financier, où les usagers bénéficient d’un retour sur investissement. Les aides étatiques sont là pour permettre à des particuliers de boucler un budget : mais la majeure partie de l’investissement, c’est bien de l’argent privé. » Le recalibrage des aides actuellement en cours – crédit d’impôt pour la transition énergétique, éco-PTZ notamment – se fera ainsi dans le but d’aider en priorité les ménages les plus modestes. Des décisions qui pourraient se concrétiser dans la loi de finances pour 2019.

« Je ne vais pas promettre des choses dont on sait qu’elles ne sont pas possibles », F. de Rugy

Questionné par Batiactu sur les propos de Nicolas Hulot qui estimait que l’État ne mettait pas assez d’argent sur la table pour ce plan de rénovation, le nouveau ministre a affirmé qu’il s’interdisait de « promettre des choses dont on sait qu’elles ne sont pas possibles ». « Nous ne pouvons pas rouvrir les vannes du déficit budgétaire. Ce que nous souhaitons, c’est activer des effets de levier en faveur de l’investissement privé. Et nous mettons les moyens sur le parc existant, contrairement à l’époque du Grenelle où l’on privilégiait la réglementation dans le neuf. » Marjolaine Meynier-Millefert, députée et copilote du plan de rénovation énergétique des bâtiments, a pour sa part précisé que si division par deux des moyens il y avait, comme l’a affirmé Nicolas Hulot, ce n’est qu’en matière de Crédit d’impôt pour la transition énergétique (CITE).

Fiabiliser le DPE et le RGE :

Atteindre ces objectifs, toutefois, passera par la réforme de deux dispositifs décriés depuis leur création, a rappelé Arnaud Leroy, président de l’Ademe : le diagnostic de performance énergétique (DPE et le label Reconnu garant de l’environnement (RGE). « Il faut également se soucier de la montée en compétences des artisans du bâtiment, et être bien conscient du fait que beaucoup de professions dans ce secteur souffrent d’un manque de main-d’œuvre », a-t-il ajouté. François de Rugy, pour sa part, a eu un mot pour les artisans du bâtiment, dont il faut selon lui « saluer les efforts consentis pour répondre aux besoins des habitants ».

Enfin, un point sur lequel la campagne Faire marque une rupture, est celui de mettre fin au débat entre l’approche par bouquet de travaux ou par travaux partiels. « Nous ne souhaitons plus opposer le global et le partiel » a ainsi expliqué Marjolaine Meynier-Millefert. « Il faut une vision des travaux globale, mais sur le long terme. » Une logique « par étapes », qui pourrait bien passer par l’introduction d’une forme de passeport rénovation. Une idée qui convainc Arnaud Leroy (Ademe). « Des ménages de peuvent pas s’engager d’emblée sur des enveloppes de travaux de 30.000 euros », a-t-il constaté. « A ce titre, le mieux est parfois l’ennemi du bien. »

Le lieu de l’annonce du lancement de cette campagne, à savoir une copropriété en Seine-Saint-Denis de 366 logements, avait été soigneusement choisi pour montrer que la rénovation énergétique n’était pas réservée aux classes les plus aisées. Même si le montant moyen de l’investissement a été, dans ce cas, de 10.700 euros par copropriétaire. Et que l’ensemble de l’opération ne s’est pas faite dans la facilité : dix ans de travail de persuasion mené par le conseil syndical, dont deux ans de procédures judiciaires à la suite d’un procès intenté par une partie des copropriétaires. Un autre chantier sur lequel doivent se pencher les pouvoirs publics pour espérer décupler la dynamique…

Article paru dans Batiactu le 10 septembre 2018